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Il est écrit quelque part que Parfait comme dans les films (Perfeito como nos filmes) de Justin Pamplona et Luis Rodrigues a été le premier roman noir portugais (1987) ou du moins le premier à être traduit en français. Si le coup d’essai n’est pas totalement un coup de maître – entre Triumph vert bouteille, airs de jazz, whisky, clopes et gueule de bois garantie au réveil, Henrique Vaz, désenchanté et nonchalant à souhait, frôle la caricature – l’intrigue tient la route et renvoie le lecteur d’aujourd’hui aux guerres de décolonisation (la Guinée fut, toutes proportions gardées, le Viêt-Nam du Portugal), aux «terroristes » d'extrême-gauche et aux nostalgiques de la dictature nationale de Salazar, tout cela sur fond de rêves de révolutions et de trafic d'armes.

« Vous savez de qui je parle. Les orphelins de la révolution. Les amants de la lutte des classes. Ils ne supportent pas que leur Inès soit morte de mort naturelle. Si elle est morte, alors il faut que ce soit, nécessairement, sur le mode tragique. Ce sont des mystiques de la révolution, les martyrs frustrés de la fin de l'histoire. Ils invoquent leur Dieu et il ne répond pas, alors ils s'enivrent, ou délirent, ou se tuent. »

La facture est classique et l’intrigue peu originale (un meurtre déguisé en suicide, ou bien le contraire ?) mais Henrique Vaz mène l’enquête avec courage puisque l’époque limitait alors l’action des détectives privés aux adultères et filatures. On trouve bien évidemment quelques rebondissements, mais il reste surtout une discrète couleur locale, de Lisbonne à Porto en passant par Carminha, des plages et des pêcheurs, des ruelles tortueuses et populeuses, sans oublier des bars et des restaurants ainsi que des transports en commun peu enchanteurs.

« La vie d'un détective privé portugais est insipide. Des adultères, encore des adultères, toujours des adultères. Des divorces et encore des divorces. Des maris trompés et des femmes jalouses. Je préfère penser que cette affaire est plus compliquée. »

Alors, Parfait comme dans les films est-il un roman noir ou un roman qui joue à être noir, le premier « vrai » roman noir portugais ou un pastiche de Chandler ? Qui vit dans la réalité, qui joue dans le film, qui se joue un film? Si Henrique Vaz n’est ni Philip Marlowe ni Nero Wolfe, ne serait-il en fait qu’un pauvre détective voué aux filatures et que son enquête dépasse ? Et y-a-t-il vraiment matière à enquête dans cette histoire absurde ? Et si tout cela n’était in fine que l’évocation désabusée d’un Portugal post-colonial et post-salazarien ?

« Il n'y avait pas de crime. Pas de mystère. Seulement une série de hasards, de malentendus, de coïncidences fortuites. »

 

Les ironies discrètes sont celles qui ont le plus de saveur. La vérité peut être fausse, tout le monde le sait.

Parfait comme dans les films (Perfeito como nos filmes) - Justin Pamplona & Luis Rodrigues © Le Mascaret – 1987

Tag(s) : #Détectives, #Afrique, #Portugal, #Scènes de crime

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