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Ville de Navarre de 3 500 habitants, Elizondo occupe une place centrale dans Le gardien invisible, le premier tome de La trilogie du Baztan qui a propulsé Dolores Redondo sur la scène espagnole, et  basque, du roman policier. Un roman très noir qui mêle habilement des  meurtres en série - des jeunes filles dont les corps portent les traces d’un rituel macabre – des croyances populaires et quelques secrets familiaux. Entre présent et passé, enquête scientifique et légendes basques, retour dans la famille et résurgence de vieux démons, la traque du tueur permet à Amaia Salazar, jeune inspectrice en poste à Pampelune, de revenir dans la ville où elle a passé sa jeunesse et où vit encore une partie de sa famille. 

Elle y retrouve des lieux familiers comme l’ancien palais des Gouverneurs, la mairie et le café-casino adjacent où se réunissaient les notables, l’église de Santiago, et enquête sur les rives du Baztan, la rivière qui traverse la ville, et dans les forêts inquiétantes de la Navarre. Elle devra démasquer l’assassin mais aussi affronter sa propre histoire et trouver sa place au royaume des mâles, entre l'Ertzaintza, la Police forale de Navarre à laquelle elle appartient, la police nationale et la Guardia Civil.

Forte de sa grandeur passée au sein d’une région austère, Elizondo est une ville dont on part et où l’on revient, comme Amaia et sa tante, qui habite rue Braulio Iriarte, ou les enfants du pays revenus d’outre-Atlantique fortune faite (les indianos), ce dont témoignent plusieurs maisons de maîtres dans la rue principale. Mais c’est aussi une ville que certains n'ont jamais quittée, comme les sœurs d’Amaia et leurs maris, ce qui ne va pas sans ressentiment ni rancœur. De quoi favoriser les télescopages dans ce roman entre polar urbain et polar de territoire. Le gardien invisible et la Navarre méritent certainement plus que le détour ! La trilogie du Baztan se poursuit et se conclue avec De chair et d’os (2013) et Demande à la tempête (2015).

 

« Cependant, rien n’avait pu faire plier la volonté de ces hommes et de ces femmes qui avaient sûrement regardé eux aussi ce ciel gris, rêvant d’un ailleurs plus lumineux et bienveillant. Une vallée qui était une terre d’hidalgos et d’indianos, rapportant dans leur contrée natale la grande fortune chantée par Maitetxu Mia, exhibant l’or qu’ils avaient gagné devant leurs voisins et remplissant la vallée de palais de fermes magnifiques avec grands balcons, de monastères consacrés à remercier le ciel de leur réussite ainsi que des ponts traversant des rivières auparavant infranchissables. Dolores Redondo – Le gardien invisible © Stock 2013

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