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Maigret tend un piège (Maigret sets a trap), premier volet d’une série réalisée par Ashley Pearce en 2016, n’est pas parfait, d’abord et surtout au niveau des décors : Budapest est une très belle ville mais cela n’en fait pas un Paris crédible.

On sourira également de quelques anachronismes : un fait-divers avec photographie en "une" du journal Le monde en 1955, Maigret penché sur un tableau des suspects… On sera aussi surpris, dans la version française, d’entendre les inspecteurs donner du « chef » à Maigret alors que tous ses collaborateurs l’appellent « patron » !

Mais l’adaptation est fidèle (la complexité du tueur en série est bien cernée) et met en outre en avant les relations tendues entre Maigret et le pouvoir politique (un ministre qui veut des têtes pour sauver la sienne) ainsi que la complicité avec Mme Maigret et les Pardon (rarement évoqués dans les téléfilms). Bref, l’enquête tient la route, même si le familier de l’œuvre de Simenon sera surpris de voir le commissaire réfléchir dans son bureau alors que Maigret, piéton de Paris, enquête en général en déambulant dans les rues et en s’imprégnant de l’atmosphère.

Certains esprits chagrins regretteront Jean Richard (souvent un peu trop sûr de lui, ce que Maigret n’est pas), les scènes filmées en décors réels en extérieur (les tous premiers épisodes en noir et blanc sont magnifiques) et les réalisations soignées de l’ORTF de la grande époque (Claude Barma, Jacques Rémy). D’autres en tiendront pour Bruno Crémer, monolithique mais crédible (« La charpente était plébéienne. Il était énorme et osseux », tel est Maigret dans Pietr le Letton) dans une série assez convaincante malgré des décors réinventés. Parmi les autres, Jean Gabin est plutôt bon, surtout dans « L’Affaire Saint-Fiacre » même s’il est plus Gabin que Maigret. Gino Cervi, je ne sais pas.

L’authentique Maigret n’existe que dans nos lectures et en nous-mêmes. Mille fois plus riche dans les mots de Simenon que sur les pixels de nos écrans. Car il s’agit bien d’écrans qui nous on caché l’essentiel de l’homme : son quotidien sensible, sa poésie de Paris, ses habitudes touchantes, ses vérités insoupçonnées, ses nostalgies d’enfance, sa cuisine du terroir, sa compréhension des êtres sans vouloir les juger, sa profonde humanité et ses interrogations humanistes.

Michel Carly : introduction à Tout Maigret. © Omnibus 2007

Rupert Davies a incarné le commissaire dans 52 épisodes dans les années 60 et Rowan Atkinson n’est donc pas le premier Maigret anglo-saxon. Le succès de Mr Bean lui colle à la peau (mais Richard et Cervi furent aussi des acteurs comiques avant de reprendre le rôle) mais je trouve qu’il ne s’en tire pas si mal, malgré un côté peut-être un peu trop british : il est lent et taiseux, pas très sur de lui… C’est un type ordinaire, fragile aussi, qui fait son travail et qui rentre ensuite tranquillement à pied chez lui.

Tag(s) : #Policiers, #Maigret, #Paris, #Scènes de crime

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