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Gare du Nord

Pourquoi lire ou relire Pietr le Letton?

Parce que c’est le premier roman écrit par Georges Simenon (mais le cinquième publié) faisant apparaître Jules Maigret, 45 ans, commissaire de la police judiciaire, dont il est fait d'emblée une description définitive : « La charpente était plébéienne. Il était énorme et osseux ».

Parce qu’il permet de saisir comment travaille Maigret, par imprégnation du milieu (imbibition pour certains), s’intéressant à toutes les pistes, insensible aux pressions sociales, indifférent à la position des riches et des puissants qui ne l’impressionnent pas : « C’était plus que de l’assurance, et pourtant ce n’était pas de l’orgueil. Il arrivait, d’un seul bloc, et dès lors il semblait que tout dût se briser contre ce bloc, soit qu’il avançât, soit qu’il restât planté sur ses jambes un peu écartées ».

Parce que Maigret, déjà commissaire (Simenon reviendra plus tard sur le début de sa carrière) se pose déjà plus en « raccommodeur de destinées » qu’en justicier.

Parce que c’est un des grands romans de Simenon, du point de vue de l’écriture, de l’intrigue et de l’atmosphère, qui nous plonge dans le monde d’avant-guerre (1931) des escrocs internationaux (l’affaire Stavisky éclatera trois ans plus tard), des palaces et de leurs riches clients, des gigolos et des demi-mondaines, du jazz au sous-sol du Majectic (le Claridge, en fait, sur les Champs Elysées) et des trains de luxe (il y en avait encore).

Parce que cette intrigue introduit un thème récurrent chez Simenon, la double vie d’hommes ordinaires ou non, le désir d’être un autre, le besoin que l'on peut avoir un jour de s’inventer une autre vie.

Pietr le Letton débute gare du Nord quand un cadavre est découvert dans les toilettes de l’Etoile du Nord, train Pullman reliant alors Amsterdam à Paris via Bruxelles, avant de se poursuivre dans un hôtel de luxe des Champs Elysées où la présence du Commissaire ne passe pas inaperçue parmi la clientèle élégante.

Pietr le Letton (Georges Simenon)Pietr le Letton (Georges Simenon)Pietr le Letton (Georges Simenon)

Elle se poursuit - et se conclura - à Fécamp (qui sera aussi le décor de Au rendez-vous des Terre-neuvas), entre une villa luxueuse au sommet des falaises, les quais autour des bassins du port, les quartiers de pécheurs et leurs bistrots.

Pietr le Letton (Georges Simenon)Pietr le Letton (Georges Simenon)Pietr le Letton (Georges Simenon)
Pietr le Letton (Georges Simenon)Pietr le Letton (Georges Simenon)Pietr le Letton (Georges Simenon)

Après une incursion dans le monde de la nuit rue Fontaine, une descente du commissaire dans un hôtel de dernier ordre de la rue du Roi-de-Sicile est l'occasion pour Simenon d'un florilège de stéréotypes sur ce qu'il nomme le "ghetto". Peu surprenant quand on sait qu’il a tenu en 1921 dans la Gazette de Liège une chronique assez nauséabonde intitulée Le Péril juif!

Et oui..., Paris était alors une fête où les étrangers étaient les bienvenus à condition d'être riches, mais où les Polonais, Baltes, Russes ou Juifs de Pietr le Letton constituaient un cosmopolitisme pas très bien vu que résumera d’une phrase le juge Coméliau : « Que diable tous ces étrangers viennent-ils faire chez nous ? ».

Pietr le Letton (Georges Simenon)Pietr le Letton (Georges Simenon)Pietr le Letton (Georges Simenon)

Pietr le Letton est très grand roman, dans lequel rien ne manque, ni l'évocation d'un milieu trouble, ni le thème de la double identité, ni "le sang, la sueur et les larmes" avec des meurtres, Maigret grièvement blessé et la mort de l’inspecteur Torrence (que Simenon ressuscitera plus tard).

Regardez-moi ça !… » Avait dit le matin une cliente du Majestic.
Mon Dieu oui ! « Ça », c’était un policier, qui essayait d’empêcher des malfaiteurs d’envergure de continuer leurs exploits, et qui s’acharnait à venger un collègue assassiné dans ce même palace !
« Ça », c’était un homme qui ne se faisait pas habiller par un tailleur anglais, qui n’avait pas le temps de passer chaque matin chez la manucure et dont la femme, depuis trois jours, préparait en vain les repas, résignée, sans rien savoir.
« Ça », c’était un commissaire de première classe aux appointements de deux mille deux cents francs par mois qui, une affaire terminée, les assassins sous les verrous, devait s’attabler devant une feuille de papier, dresser la liste de ses frais, y épingler les reçus et pièces justificatives, puis se disputer avec le caissier !

Georges Simenon - Pietr le Letton © Fayard 1931

Tag(s) : #Maigret, #Paris, #Policiers, #Gares, #Best of!, #Scènes de crime

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