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Au-delà de l’intrigue policière – des morts très suspectes dans le milieu de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie anglaise – Un étranger dans le miroir, le premier roman d’Anne Perry de la série William Monk, est une inestimable source d’information sur la période victorienne du milieu du 19e siècle. En premier lieu, la guerre de Crimée (1853-1856) est omniprésente à travers le personnage d’Hester Latterly, infirmière sur le front avec Florence Nightingale, qui a connu l’horreur et ne ménage pas ses critiques vis-à-vis du commandement des forces armées anglaises. Les principaux protagonistes du roman, tout aussi liés à cette période sombre, sont les victimes des agissements d’individus sans scrupules profitant de la douleur du deuil pour en tirer de substantiels bénéfices. Un thème que reprendra Pierre Lemaire – dans un autre contexte et pour un autre conflit – dans Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013.

La description de la société victorienne, de son moralisme, parfois de façade, et du puritanisme étouffant sur lequel elle s’appuyait est également bien cernée, tout comme les relations entre maîtres et serviteurs, dans ce premier roman mais aussi et surtout dans Un deuil dangereux qui le suit, avec une description minutieuse de la maison et de la famille de Sir Basil Moidore. Ceux qui sont familiers de Downtown abbey s'y retrouveront plus facilement dans la hiérarchie du personnel pléthorique, ceux d’en bas, employé dans ce que l’on appelait alors une « grande maison ».

Un étranger dans le miroir pose le décor des aventures – 24 à ce jour avec Marée funèbre, publié en 2018 – mettant en scène William Monk, inspecteur de la police métropolitaine de Londres puis enquêteur privé avant de prendre la tête de la brigade fluviale, entêté et ambitieux, qui a perdu la mémoire à la suite d’un accident de fiacre, et Hester Latterly, infirmière aux compétences médicales réelles mais non reconnues dans un monde dominé par les hommes, et dont la personnalité affirmée et la révolte contre une société pudibonde préfigurent les mouvements féministes que connaîtra l’Angleterre cinquante ans plus tard.  N’oublions pas Oliver Rathbone, avocat humaniste talentueux, ami des deux précédents à qui il apporte l’éclairage du juriste. Car on fréquente beaucoup les prétoires dans les romans d’Anne Perry ; même si la série des Monk ne rentre pas vraiment dans le genre du roman policier juridique qu’elle développe avec talent dans les aventures de Charlotte Ellison et de Thomas Pitt (32 titres à ce jour).

Un étranger dans le miroir mêle habilement whodunit et étude de mœurs. L’intrigue est serrée et rigoureuse et Anne Perry est habile à lancer fausses pistes et rebondissements. Certains trouveront peut-être un peu lancinant les apartés et les monologues intérieurs de Monk, autant obsédé par la recherche de la vérité que par celle de son passé et de sa propre histoire. Le final le convaincra que certaines de ses inquiétudes n’étaient pas fondées et qu’il peut repartir rassuré vers de nouvelles enquêtes. Je suggère donc à ceux souhaitant découvrir cette série de lire, sinon les 24 volumes, du moins les premiers dans l’ordre de parution. Cela afin de bien s’imprégner de la période et également de suivre Monk dans la recgherche de sa mémoire disparue.

Tag(s) : #Policiers, #Londres

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