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Un article du Monde des livres du 31 mars 2016 - Le roman noir mis au vert – annonçait l’arrivée en force du polar rural. Disons plutôt le retour, plusieurs années après La nuit des grands chiens malades (A.D.G. 1991), Canicule (Jean Vautrin, 1982) ou Jusqu’à plus soif (Jean Amila, 1962). La liste n’est pas limitative ; quelques romans du Poulpe voient Gabriel Lecouvreur s’aventurer à la campagne, comme Causse toujours, de Mouloud Akkouche ou Nazis dans le métro de Didier Daeninckx, au titre accrocheur mais un peu trompeur.

Rural noir de Benoît Minville (2016) entre dans cette catégorie, au côté de Pascal Dessaint, Sandrine Collette ou Franck Bouysse. Alternant récit contemporain et retour vers l’enfance des protagonistes, c’est l’histoire de cinq ados un peu chahuteurs, genre « un pour tous, tous pour un », devenus grands dans une campagne nivernaise qui a changé mais pas en mieux. L’un  d’entre eux, qui trempait dans des affaires pas très claires, salement tabassé, est entre la vie et la mort ; de quoi donner des envies d’en découdre aux autres. Ils iront jusqu’au bout, au prix de quelques surprises et de retours sur des souvenirs peu glorieux.

Le schéma, classique, est celui de la « tragédie de la vengeance » et les fausses pistes sont nombreuses. Mais, malgré la présence d’un gendarme du cru, pas de police scientifique ni de procédure : les événements sont décrits du point de vue des protagonistes, qui mènent l’enquête à leur manière. Plus ou moins bien à mon avis, ce qui fait que l’on n’arrive pas vraiment à croire à cette histoire de bandes rivales engagées dans divers trafics et d’amis prêts à jouer les juges de paix ou les justiciers. Le dénouement se révèle de fait un peu trop happy end et peu crédible quand on connait la violence des règlements de comptes prévalant dans ce milieu.

La description de la campagne française, bien qu’un peu superficielle et stéréotypée, ne manque pas d’intérêt ; entre petits boulots et aide sociale, désertification et difficultés rencontrées par les agriculteurs, alcool et fumette, la France de Rural Noir est celle de ceux qui luttent (et de ceux qui ont cessé de lutter) dans des régions abandonnées par l’emploi et les hommes. Les relations sont difficiles, les antagonismes forts –  ville contre campagne, ceux d’ailleurs contre ceux d’ici (l’expression « on est chez nous » revient souvent) – et l’impression de malaise s’impose vite. Car cette campagne humide est âpre et inquiétante, en fait très proche de l’univers urbain de beaucoup de romans noirs.

Le polar rural, ou polar des territoires – à ne pas confondre avec le polar régionaliste dont le maître reste Pierre Magnan – témoigne d’une réalité souvent peu ou mal connue. On retrouve ici la dimension sociologique et politique qui fait la force des polars aujourd’hui, urbains comme ruraux. Si le rôle du roman policier contemporain est bien de témoigner, d’appréhender les problèmes d’une société et de ceux qui la composent, Rural noir, malgré quelques faiblesses, est parfaitement à sa place.

Tag(s) : #Polar rural

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