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Un polar sur le Tour de France en un prologue et vingt étapes pour débusquer celle ou celui qui sème les incidents et même la mort dans les équipes. Qui veut du mal à qui ? Qui protège qui ? Assez de questions pour éveiller la peur au sein du peloton et chez les organisateurs qui ne souhaitent pas voir se gripper une machine sportive et financière si bien huilée… Contacté par la police, Marc Moreau, un jeune coureur franco-colombien, gregario chargé de seconder Steve Panata, le leader très médiatique de l’équipe Fonar, va contribuer à l’enquête. Une tâche délicate et vite dangereuse pour ce fidèle équipier, excellent grimpeur, parfois relégué au rang de porteur de bidons. Autour de Marc s’agite une foule de coureurs, d’entraîneurs, de masseurs, de mécaniciens et de journalistes, parmi lesquels sa petite amie et un énigmatique colonel qui suit sa carrière depuis ses débuts.

 

Les chapitres alternent les descriptions de l’étape du jour vue de l’intérieur et les commentaires sportifs, donc la vie de cette société semi-fermée qu’est le peloton avec ses luttes entre équipes et ses rivalités internes. Les incidents se succèdent, vélos trafiqués, coureurs intoxiqués, menaces à peine voilées, chacun entraînant de nouveaux soupçons et pointant des suspects possibles. Dans Mort contre la montre, comme dans les grandes épreuves internationales de cyclisme, il est question de calculs et de tactique, d’alliances et de méfiance, mais aussi de fidélité ; car le problème est de savoir jusqu’à quel point un individu doué, ambitieux mais parfois contraint par son directeur sportif à souffrir l’humiliation d’être réduit à « un pizzaïolo de rue, portant de l’eau et de la nourriture d’un bout à l’autre du peloton étiré » peut se contenter d’être un équipier au service du leader. C’est finalement, au-delà de la traque du ou des commanditaires des actes criminels, le cœur du roman du Mexicain Jorge Zepeda Patterson.

 

 N’étant pas un spécialiste du cyclisme professionnel, je me garderai bien de dire si Mort contre la montre est un roman à clés et encore moins de le décoder. Mais c’est un livre passionnant dans lequel l’auteur fait montre d’une très grande connaissance du milieu du vélo en général et du Tour de France en particulier. Un très grand polar à dévorer, du prologue à la dernière étape avec l’arrivée sur les Champs-Elysées, qui me fera regarder dans quelques jours le Tour d’un autre œil. 

Il pourrait m’imposer la tâche ingrate de fournir les bidons, barres et gel aux coureurs de l’équipe ; à raison de huit à dix bidons par cycliste, cela signifierait une demi-douzaine de visite à la voiture de ravitaillement. Le problème, bien sûr, n’était pas de ralentir pour attendre la voiture, mais de remonter jusqu’à la tête du peloton ou pédalaient mes compagnons. Normalement, on répartissait ce travail entre trois ou quatre coureurs, mais Giraud pouvait bien me confier cette tâche à moi tout seul : il suffirait d’une journée ou deux à ce régime pour que le directeur sportif réussisse à me vider. J’aurais bien de la chance si après tout ça je réussissais à avoir encore la force d’échapper à là Voiture-balai qui élimine les cyclistes trop lents à la fin de chaque étape.

Jorge Zepeda Patterson - Mort contre la montre © Actes Sud 2019

Tag(s) : #Paris

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