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Relevant de la paralittérature, la littérature de gare couvre, entre autres genres, le roman policier (appelé dans ce cas polar), le roman d’espionnage (en déclin depuis la fin de la guerre froide), le roman d’amour (toujours en vogue) et le thriller (terme de plus en plus utilisé pour couvrir toute sorte de roman d'enquête). Mais peut-on considérer les polars d’aujourd’hui comme des romans de gare, ces livres bon marché et distrayants (et donc jugés superficiels par beaucoup) qui peuvent être lus facilement et rapidement en attendant son train ou pendant le voyage ?

Le roman policier de gare a changé au fil des années : exit les séries populaires écrites à la chaîne jusque dans les années 60 par Leslie Charteris (Le Saint), Jean Bruce (OSS 117), Paul Kenny (Coplan) ou Georges Simenon (même si celui-ci aura été l’un des premiers à mettre en valeur les milieux où le commissaire évolue et dont il s’imprègne, les Maigret ont longtemps été considérés comme des romans faciles) et arrivée des romans faisant la part belle à la description de l'environnement social et au contexte de l’enquête, qui reste tout de même la colonne vertébrale du roman policier.

La lecture d’un roman de Mankell, de Rankin ou d’Idriadson demande en effet plus d’efforts que la plongée dans un livre sorti de l'imagination (fertile) de Charles Exbrayat ou de Frédéric Dard ou dans un SAS ! Et que dire des romans de Peter May (La trilogie de Lewis) ou de Dolores Redondo (La trilogie du Baztan) qui mêlent analyses psychologiques et précisions ethnologiques érudites à l'enquête policière ? Le genre a donc beaucoup évolué ces dernières années pour gagner en densité intellectuelle et aussi en longueur (un Mankell fait bien ses 500 pages).

Si le roman policier a pris ses distances avec le roman de gare, il se vend encore dans les gares et constitue une grande partie du choix proposé par les librairies et les relais. Cela fait-il des gares un décor incontournable pour un polar ? Plutôt un lieu de passage comme dans Brouillard au pont de Tolbiacqui débute à la gare d’’Austerlitz, ou le point de départ d’une enquête dans Pietr le Letton de Georges Simenon ou Le cinquième procédé de Léo Malet, romans dans lesquels des cadavres sont trouvés dans des trains arrivant à Paris… Mentionnons toutefois l’héroïne des romans de Danielle Thiéry (L’ombre des morts, Crimes de Seine), chef du Service national de la police ferroviaire ou celle de la série télévisée Quai n° 1, centrée autour des trains et de la gare du Nord. Simenon évoque également dans Le revolver de Maigret le commissariat spécial de cette gare où le commissaire "avait passé les deux années les plus grises de sa vie."

Comme l'écrit Michel Carly : "Sas de fuite, lieu d'errance ou de fuite, fatal rendez-vous pour personnage à contre-voie, toute gare impose un passage de la ligne". (Tout Maigret, Tome X © Omnibus 2008)

Quant à ceux qui aiment les aventures policières ayant un train pour cadre, ils liront ou reliront La maldonne des sleepings de Tonino Benacquista ou Le crime de l’Orient-Express, d’Agatha Christie, classique roman à énigme bien éloigné du roman noir, mais incontournable pour sa rigueur et son originalité.

Il existe quelques trucs de ce genre, type Brigade mondaine ou peut-être des romans de cul. Mais quasiment plus rien. D’abord les gens ne lisent plus, surtout dans le train – les trains de banlieue sont bourrés maintenant. (…) Ensuite, les gens qui lisaient toute cette littérature de gare, ils continuaient leur bouquin en arrivant chez eux. Aujourd’hui, ils allument la télé. Pour moi, la littérature de gare actuelle, c’est les séries policières à la télé.

François Guérif. Du polar (Entretiens avec Philippe Blanchet) © Payot & Rivages/Noir 2016

Tag(s) : #Policiers, #Détectives, #Gares, #Best of!, #Paris

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